Y a t il une conception philosophique de l’homme en ostéopathie ?
lundi 12 décembre 2011, par Jean-Jacques Floret
Y a t il une conception philosophique de l’homme en ostéopathie ? je suis actuellement étudiant en école d’ingénieur, et je m’intéresse de plus en plus a l’ostéopathie. j’aimerais que vous nous parliez plus du métier d’ostéopathe. En particulier je souhaiterais que vous palliez de vos sensations:comment ressent-on une lésion ostéopathique ?

Je ne peux répondre pour le monde ostéopathique. Je vous propose seulement mon approche de cette question. Ma réponse sera indirecte :

Être ostéopathe, c’est d’abord vouloir acquérir un "outil" thérapeutique basé sur une approche manuelle. Cela signifie apprendre un savoir théorique (anatomique, physiologique, sémiologique, technique, etc...), et développer une forme de sensibilité adaptée à sa pratique.

Le premier élément de cette réponse, me reporte à ce que je dis aux étudiant(e)s qui commence une première année de médecine et que je rencontre. "Vous allez être médecin, vous devez être aussi des humanistes dans le sens où vous garderez votre curiosité éveillée. Vous chercherez à comprendre autant qu’à écouter. Vous chercherez à recevoir autant qu’à partager. Votre esprit sera ouvert à ce qui est, ce qui peut être. Vous ne serez pas sectaire, mais ouvert à la différence., etc...."

Il ne me semble pas possible de cheminer dans une voie médicale sans une conception positive de l’Homme, et de ce qui nous entoure.

Les études avec les détestables habitudes générées/entretenues par le concours de début de cycle médical n’encouragent pas vraiment à aller dans ce sens. L’étudiant(e) devra être fort(e) pour pouvoir résister à toutes les manœuvres de fermeture et d’enfermement.

Je pense que le soignant officie sur le plan somatique comme un religieux le fait sur un plan spirituel (quoique ce dernier plan ne se limite pas à ce qui est "du religieux"). Je veux dire par ce propos qu’être médecin, ostéopathe, chirurgien, infirmière, aide soignant,..., implique/devrait impliquer une démarche personnelle de recherche spirituelle et d’ouverture à l’autre, à l’altérité.

Le deuxième aspect plus spécifique à l’ostéopathie est le suivant :

Si en tant que thérapeute, vous avez choisi de n’être qu’à l’écoute de l’autre, c’est à dire de ne jamais faire ce que vous avez envie de faire, mais seulement d’écouter les tissus de l’autre, et de ne faire que ce que ce dialogue tissulaire vous apporte comme demandes, alors vous devez développer une sensibilité tactile, et au delà perceptive, optimale.

Ce travail d’éveil perceptif se fait tout au long de la vie. Il ne faut pas croire que ce soit acquis du jour au lendemain. Foncièrement tout être peut percevoir "le tout". Mais il existe un frein puissant à la reconnaissance de cette perception. Ce frein est lié à nos choix de vie.

Dans une des pages de ce site, je tente d’expliquer comment nous nous aliénons avec des choix comportementaux, qu’ils soient de l’ordre de la pensée, de la parole ou de l’acte. Nous générons des conditionnements qui créent des filtres perceptifs. Ces filtres nous empêchent de voir ce que nous ne pouvons pas relier à ce que nous savons. Les limites d’ouverture sont alors très étroites, à moins de prendre conscience de ce fait, et par un effort constant de rechercher l’ouverture de l’esprit.

Il convient en premier de chasser nos peurs, et notre ignorance.

Ces peurs, liées à l’ignorance, nous clouent littéralement sur place. Il faut être confiant et progresser doucement, en étant bien certain qu’avec le temps (six mois ou soixante ans, qu’importe) on finit toujours par recevoir/acquérir ce qui nous est nécessaire.           colonne suivante

 

La sensibilité s’éveille. En thérapie, on finit par pouvoir poser ses mains sur un corps, et à condition que l’être qui nous consulte le veuille bien, en écoutant le dialogue tissulaire qui s’installe,finir par pouvoir comprendre ce qui a été, ce qui est et peut être ce qui sera. Si on fait cela honnêtement, on peut humblement offrir notre appui manuel pour guider ce corps vers une plus grande liberté tissulaire, et donc vers un état de santé optimisé. Cela ne signifie pas retrouver une virginité tissulaire, mais seulement être plus fort avec le corps que l’on s’est construit, car libéré de ses freins somatiques. Je ne développerai pas plus l’aspect thérapeutique de cette approche ici. Mais ce que cette sensibilité nous révèle à nous même, thérapeute, est l’existence de plan d’existence plus "fin" que le plan matériel/matérialiste.

Ainsi ces deux questions dans leur réponse se recouvrent.

Un préalable : Je crois que l’homme est fondamentalement "pur",(le terme pur est à définir plus amplement. Ici le comprendre sur le plan de la structure somatique et psychique) sur un plan "éthérique"/ "psychique", le vocabulaire reste à définir. Sur un plan "terrestre", ses choix, son libre-arbitre et l’usage qu’il en fait, le conduisent à ce que nous voyons.

Il est toujours possible d’évoluer vers "une plus grande lumière" (je me garde de mots plus religieux et forcément potentiellement mal compris car réducteurs). Cela demande de la constance dans sa recherche, cela demande aussi de ne pas prendre en compte le facteur temps.

La perception que la pratique ostéopathique nous conduit à développer, nous montre combien ce qui est apparent n’est pas la pleine réalité.

Cette sensibilité porte à retrouver des points communs partout en ce monde, que ce soit parmi les humains, les animaux, les végétaux, et même les minéraux. Une seule explication me semble cohérente, nous sommes surtout du C.H.O.N. (carbone, hydrogène, oxygène, azote) et notre nature est vibratoire. Il existe une continuité en toute chose. Ce qui nous différencie est probablement le fait que nous sommes, si nous le voulons, conscient de notre totalité.

Nous pouvons volontairement chercher à développer une perception qui nous donnera la pleine conscience de notre finitude, et nous permettra sans nous perdre d’approcher l’infinitude.

Mais peut être suis-je marginal dans cette démarche ostéopathique, car beaucoup usent du terme ostéopathie pour réduite cet art à de la vertébrothérapie "brute", et là point n’est besoin de développer une telle sensibilité et un tel questionnement.....

Pour ce qui est de la perception des lésions ostéopathiques, il convient d’approcher d’abord ce qu’est la lésion ostéopathique. Localement, elle correspond à une restriction de mobilité tissulaire. Je me garde volontairement de cibler sur une articulation ou un organe donné afin de ne pas limiter ce concept.

Le définition varie ensuite selon le mode d’approche thérapeutique utilisé. Le praticien qui a une approche structurelle (par exemple, les manipulations vertébrales, celle qui font craquer (parfois...)), recherchera dans les trois plans de l’espace par une mobilisation attentive de pièces anatomiques l’une par rapport à l’autre laquelle est relativement moins mobile, et selon quels paramètres cela est. Le choix d’une technique en découlera.

Mon approche me conduit à ne pas prendre en compte une restriction strictement localisée, mais à considérer d’emblée le tout qu’est celle/celui qui consulte. Je remarque au passage que telle zone est moins mobile, ou silencieuse. Le type de restriction constaté peut motiver une réorientation vers un autre secteur médical.

Les restrictions locales ne sont qu’une partie d’un ensemble. Il s’agit soit de regarder l’arbre, soit la foret. Question de point de vue.

Ressentir une lésion :

développer son toucher comme un nez en parfumerie, ou un palais en œnologie. acquérir une bibliothèque de sensations croisées avec des diagnostics établis et vérifiés. ne surtout pas vouloir interpréter avant "la fin du film". cultiver l’humilité, c’est le plus difficile :-))

Jean-Jacques Floret D.O. Santé et Ostéopathie http://www.therapeutes.net